La légitimité des règles de circulation routière en milieu urbain : une perspective cycliste.

La norme illégitime est une norme inutile. Quiconque s’est baladé dans les rues de Montréal l’a remarqué : les cyclistes ne respectent que très rarement la signalisation routière. Feu rouge, stop, passage piétonnier : passez go! Mais pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi le spectre de la punition, la contravention, ne sert-elle pas à minimiser ces comportements illicites? Si l’on applique à cette problématique la théorie que Thom R. Tyler développe dans son ouvrage Why People Obey the Law?, on réalise rapidement que la faible adhésion à ces règles découle directement du peu de légitimité que les cyclistes attachent aux règles qui encadrent leurs comportements sur deux roues. Tyler nous dit que les individus adhéreront plus massivement à une obligation légale s’ils et elles considèrent que celle-ci est légitime et digne d’être respectée. Ainsi, contrairement à la croyance selon laquelle le droit n’est droit uniquement en raison du pouvoir coercitif sur lequel il repose, c’est-à-dire l’État, ce serait plutôt l’opinion individuelle collectivement partagée par une communauté d’intérêts – les cyclistes en l’occurrence – qui expliquerait l’adhésion ou la répudiation d’une règle de conduite. Toujours selon Tyler, les détenteurs et détentrices du pouvoir législatif auraient plus de succès s’ils et elles élaboreraient lois et règlements en gardant à l’esprit ce principe de psychologie sociale selon lequel l’adhésion requiert une dimension de légitimité. Bien entendu, une règle a priori non légitime peut le devenir après son adoption, mais voilà un autre débat.

Les feux de circulation et les arrêts obligatoires, pour ne prendre que ces exemples, sont de bons exemples de règles dont la légitimité peut sembler douteuse pour les cyclistes urbains. Les feux sur les artères achalandées sont certainement utiles pour la protection des cyclistes, mais il n’en demeure pas moins que dans la vaste majorité des situations, l’attente à un feu rouge est purement et simplement ridicule et….illégitime! Il en est ainsi parce que le vélo est le véhicule par excellence de la mobilité et la liberté urbaine. Tout obstacle dont la rationalité ne semble pas logique pour le ou la cycliste sera simplement surmonté. Le feu rouge transformé en arrêt obligatoire pour les cyclistes serait une norme légitime qui n’irait pas à l’encontre de la « rationalité cycliste », celle de la mobilité et du mouvement libre (et sécuritaire). Dans le cas des arrêts obligatoires, il est illusoire de croire que les cyclistes urbains s’y arrêterons comme la loi les y oblige. Afin d’améliorer la sécurité des usagers du réseau routier urbain, l’arrêt obligatoire transformé en cédé le passage pour les cyclistes aurait pour effet de garantir la vigilance des cyclistes qui, j’en suis persuadé, appréhenderaient avec plus de prudence et de patience les quadrilatères routiers.

Pluralisme normatif et cyclisme urbain. La transgression de la norme sociale dans un contexte de cyclisme urbain, c’est-à-dire de l’impolitesse (ne pas laisser traverser la rue à une personne âgée par exemple) ou de l’incurie, est certainement plus difficile à accomplir, car elle va au coeur du vivre ensemble urbain. Si, à la place de mettre l’accent sur l’exécution des sanctions prévues au code de la sécurité routière, nos autorités politiques municipales décidaient de s’en remettre au savoir-vivre civique et à l’éducation populaire des principes fondamentaux de la politesse et de la prudence urbaine, il y aurait, c’est là ma conviction, beaucoup moins d’accidents et de frustrations, tant chez les cyclistes que chez les automobilistes et piétons. Applicables à tous les usagers de l’espace public, automobilistes, cyclistes, piétons et autres usagers de la route et des trottoirs, ces principes permettraient non seulement une plus grande harmonie au sein de la diversité des moyens de transports, mais également un rapprochement des citoyens qui encouragerait un vivre-ensemble démocratique, paisible et égalitaire.

La réflexion est lancée.

Source : Thom R. Tyler, Why People Obet the Law.


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capturons le perçu en images et en mots.
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